Le premier tour des élections municipales 2026 à Gap n’a pas permis de désigner un vainqueur. Avec cinq listes en compétition et un résultat fragmenté, c’est donc le second tour du 22 mars qui déterminera qui dirigera la préfecture des Hautes-Alpes pour les six prochaines années. Alliances possibles, rapports de force, enjeux locaux : décryptage complet d’un scrutin qui passionne les Gapençais.
Le scrutin du 15 mars a livré un classement clair, mais aucun candidat n’a franchi la barre des 50 % nécessaires pour l’emporter d’emblée. Roger Didier, avec sa liste « GAP Demain en confiance », arrive largement en tête avec 40,58 % des suffrages. Un score qui le place en position de favori, sans lui garantir pour autant la victoire au second tour.
| Candidat | Liste | Score 1er tour |
|---|---|---|
| Roger DIDIER | GAP Demain en confiance | 40,58 % |
| Elie CORDIER | Union pour Gap | 26,91 % |
| Charlotte KUENTZ | AMBITIONS POUR GAP | 18,68 % |
| Raphaël LEROUX | L’AVENIR GAPENÇAIS | 10,94 % |
| Jacques PATRON | GAP EN COMMUN | 2,90 % |
L’écart entre Roger Didier et Elie Cordier dépasse les 13 points, ce qui constitue un avantage significatif mais pas insurmontable. Le total des voix des quatre autres candidats (59,42 %) montre qu’une large majorité des Gapençais n’a pas voté pour le candidat arrivé en tête. Tout l’enjeu du second tour réside dans la capacité de chaque camp à rassembler au-delà de son électorat du premier tour.
Avec plus de 40 % des voix, Roger Didier et sa liste « GAP Demain en confiance » partent avec un avantage indéniable. Sa stratégie pour le second tour consistera probablement à consolider son socle électoral tout en tentant d’attirer des électeurs issus des listes moins bien placées.
Son score montre une base solide, mais aussi un plafond de verre potentiel. Le nom même de sa liste — « en confiance » — évoque un projet de continuité et de stabilité qui a su séduire une partie de l’électorat, notamment dans les quartiers résidentiels et chez les électeurs plus âgés.
Pour l’emporter, Didier devra convaincre qu’il est le candidat du rassemblement, capable de fédérer au-delà de ses soutiens naturels. Toute la question est de savoir s’il parviendra à nouer des accords avec l’une des listes arrivées derrière lui, ou si le second tour se jouera en triangulaire voire en quadrangulaire.
Avec 26,91 %, Elie Cordier et « Union pour Gap » s’installent en deuxième position. L’écart avec Didier est certes conséquent, mais l’arithmétique électorale peut jouer en sa faveur si des alliances se construisent pendant la semaine d’entre-deux-tours.
Le mot « Union » dans le nom de sa liste prend tout son sens dans cette configuration. Cordier pourrait tenter de fédérer les opposants à Didier en proposant une fusion de listes avec Kuentz et/ou Leroux. Si ces rapprochements aboutissent, les scores cumulés pourraient théoriquement dépasser ceux de Didier.
La crédibilité de cette stratégie dépendra toutefois de la compatibilité des programmes et des personnalités. Les électeurs ne suivent pas mécaniquement les consignes de vote, et une alliance de circonstance mal perçue pourrait se révéler contre-productive.
Avec 18,68 % des voix, Charlotte Kuentz et « AMBITIONS POUR GAP » occupent une position stratégique. Son score, loin d’être négligeable, en fait la véritable clé du scrutin. Le choix qu’elle fera — fusion avec Cordier, ralliement à Didier, ou maintien autonome — pourrait déterminer l’issue du second tour.
Si Kuentz choisit de fusionner sa liste avec celle de Cordier, le bloc « anti-Didier » atteindrait théoriquement 45,59 %, ce qui rendrait la victoire possible mais pas acquise. Si elle se maintient seule, elle risque de disperser les voix et de faciliter la victoire de Didier. Si elle rallie Didier, celui-ci disposerait d’une avance quasiment insurmontable.
Le programme d’« AMBITIONS POUR GAP » et les positions de Kuentz sur les grands dossiers gapençais (urbanisme, mobilités, transition écologique) seront déterminants dans le choix de ses alliances. Les discussions d’entre-deux-tours s’annoncent intenses dans son camp.
Raphaël Leroux et « L’AVENIR GAPENÇAIS » ont recueilli 10,94 % des voix, un score qui lui permet techniquement de se maintenir au second tour (le seuil de maintien étant fixé à 10 % des suffrages exprimés dans les communes de plus de 1 000 habitants). La question de son maintien est donc ouverte.
Un maintien de Leroux multiplierait les candidatures au second tour et favoriserait une victoire de Didier par dispersion des voix adverses. Un retrait, avec ou sans consigne de vote, pourrait en revanche bénéficier à Cordier ou Kuentz selon l’orientation politique de ses électeurs.
Avec près de 11 % des voix, Leroux dispose d’un réservoir électoral non négligeable. Son pouvoir de négociation, même modeste, pourrait se traduire par des engagements programmatiques ou des places sur une liste fusionnée.
Avec 2,90 % des voix, Jacques Patron et « GAP EN COMMUN » n’ont pas réussi à percer. Ce score ne lui permet pas de se maintenir au second tour. Son électorat, bien que restreint, pourrait toutefois jouer un rôle de micro-appoint dans un scrutin serré.
La question du report des voix de Patron se posera : vers quel candidat se tourneront ses électeurs ? Le positionnement de « GAP EN COMMUN » sur l’échiquier politique local donne quelques indices, mais dans un scrutin municipal, les logiques de proximité et de personne priment souvent sur les étiquettes.
Si Cordier parvient à fédérer Kuentz et Leroux autour d’une liste fusionnée, le second tour se transformerait en duel. Avec un potentiel théorique de 56,53 % (26,91 + 18,68 + 10,94), ce front anti-Didier aurait l’avantage arithmétique. Mais la réalité électorale est plus nuancée : les reports ne sont jamais totaux, et les compromis programmatiques peuvent dérouter certains électeurs.
Si Kuentz ou Leroux maintient sa liste tandis que l’autre fusionne avec Cordier, le second tour se jouerait à trois. Dans cette configuration, Didier partirait largement favori, la division de ses adversaires jouant mécaniquement en sa faveur.
On ne peut exclure que l’un des candidats de second rang choisisse de rallier Didier plutôt que Cordier. Ce scénario, moins probable mais pas impossible, donnerait à Didier une avance quasi définitive et transformerait le second tour en formalité.
Si aucune alliance ne se noue et que toutes les listes éligibles se maintiennent, le second tour reproduirait peu ou prou la configuration du premier tour. Didier l’emporterait alors probablement avec un score proche de son résultat du 15 mars, les autres candidats se partageant le reste des voix.
Au-delà des personnes et des stratégies d’alliance, les Gapençais attendent des réponses sur les dossiers qui rythment leur quotidien. Plusieurs thèmes ont émergé pendant la campagne et pèseront dans le choix des électeurs au second tour.
Gap reste une ville fortement dépendante de la voiture individuelle. L’amélioration des transports en commun, le développement de pistes cyclables et la question du contournement routier figurent parmi les préoccupations récurrentes. Chaque liste a sa vision sur ces sujets, et les différences programmatiques pourraient peser dans les négociations d’alliance.
La pression foncière, même si elle reste modérée par rapport aux grandes métropoles, se fait sentir à Gap. Les jeunes actifs peinent à se loger, et l’étalement urbain pose des questions environnementales. Les candidats devront clarifier leur position sur la densification, les zones constructibles et le logement social.
Gap est le pôle économique majeur du département, mais sa situation géographique enclavée reste un frein. L’attractivité de la ville pour les entreprises, le développement du numérique et le soutien au commerce de centre-ville sont des enjeux transversaux que tous les candidats abordent, avec des approches parfois très différentes.
Les Hautes-Alpes sont en première ligne face au changement climatique : recul des glaciers, modification du manteau neigeux, épisodes de sécheresse. Pour Gap, ville de montagne, la transition écologique n’est pas un concept abstrait mais une réalité quotidienne. Les politiques de gestion de l’eau, d’énergie renouvelable et de préservation de la biodiversité seront scrutées par les électeurs sensibles à ces questions.
Les bureaux de vote seront ouverts de 8h à 18h dans la plupart des communes, et jusqu’à 20h à Gap. Les résultats définitifs devraient être connus dans la soirée du 22 mars.
Le second tour des municipales 2026 à Gap s’annonce comme un moment politique fort pour la préfecture des Hautes-Alpes. Avec Roger Didier en position de favori mais loin de la victoire assurée, et un jeu d’alliances encore ouvert, tout reste possible. Les Gapençais auront le dernier mot le 22 mars, et leur choix déterminera la trajectoire de leur ville pour les six prochaines années.
Une chose est certaine : quelles que soient les alliances qui se noueront cette semaine, la participation sera un facteur déterminant. Les électeurs qui se sont abstenus au premier tour pourraient bien faire basculer le résultat dans un sens ou dans l’autre. Chaque voix comptera le 22 mars à Gap.